Author: Category: Movies & TV

Certains films racontent l’ascension, la gloire, les excès et il y a Last Days qui narre l’inverse. Et ce film m’a bouleversé… comme souvent avec ce réalisateur. Ce film décompose et pour un film sur la musique, c’est assez déroutant. On se promène dans l’histoire, on se laisse porter, on finit par partir en errance.

Quand Gus Van Sant filme Blake, le personnage inspiré de Kurt Cobain, il filme un fantôme qui erre parmi les vivants.

Le musicien se retire dans une maison perdue dans les bois. Des amis gravitent autour de lui. Des inconnus passent. Des parasites défilent. Blake, lui, marche, marmonne, disparaît dans les pièces, revient et se perd dans ses pensées. Quelque chose en lui se retire lentement du monde. Et on est au-delà de l’empathie, c’est un voyage sans retour, sans but ou peut-être vers un absolu artistique impossible et dévastateur.

Un monde de fantômes

La maison devient alors une scène étrange où chaque personnage joue sa propre partition. Il y a Luke et les autres occupants de la maison. Ils parlent beaucoup mais semblent ne jamais voir Blake. Ils vivent à côté de lui comme la cour superficielle qui accompagne les rock stars.
Des mormons débarquent au milieu de nulle part pour vendre leur dieu. La scène est absurde, presque drôle. Blake ne les entend pas.
Il y a un détective privé qui cherche un homme qui est pourtant juste là, mais déjà absent.
Et il y a Asia, interprétée par Kim Gordon. Son apparition est brève mais essentielle. Elle semble être l’une des rares personnes capables de s’adresser de façon sincère à Blake, un dernier fil tendu vers le monde réel.

Et il y a Blake.

Blake ne parle presque plus. Il flotte. Il traverse les pièces comme un animal blessé, le corps emprisonné par la drogue. La célébrité, l’argent, le mythe, tout semble déjà loin et en même temps encore trop présent. Blake est épuisé. Le rock n’est plus seulement une musique, mais une tension entre la gloire intense et l’impossibilité de la supporter.

Et soudain, surgit cette scène.
Blake s’enferme seul dans une pièce avec sa guitare. Il branche l’ampli. Il joue.
Pendant plusieurs minutes, la caméra est là, en plan séquence, elle s’éloigne, comme si elle avait la pudeur de cette intensité surgissant des profondeurs. C’est une scène bouleversante, comme un dernier souffle.
Faire du « bruit » pour tenir debout, avant que le silence revienne et s’installe indéfiniment.

C’est un film que je trouve à la fois magnifique et terrible. Il dépasse largement l’empathie que l’on peut ressentir pour son personnage. Pour moi, il touche à quelque chose de plus absolu. On n’est pas seulement du côté de la tristesse ou de la disparition, mais du côté de l’art lui-même.

Parce qu’au fond, l’art est un langage. Et la musique en est peut-être l’une des formes les plus physiques. Elle traverse le corps avant même d’atteindre les mots.

Comme beaucoup d’artistes, je crois que créer est une manière de mener une enquête intérieure. Une tentative de comprendre qui l’on est, mais aussi d’appréhender le monde qui nous entoure. Créer ne donne pas forcément des réponses. Cela permet surtout de traduire ce qui nous échappe, de rendre visible ou audible quelque chose que l’on ressent confusément.

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